La plus belle messe de minuit
de mon enfance

C'était le vingt quatre décembre. Ma sœur et moi attendions la naissance de Jésus cette nuit-là avec une grande impatience. Il fallait nous préparer pour la messe de minuit. Pour nous, gens de la campagne, c'était la plus belle sortie de l'année. Autrefois, la naissance de Jésus avait tellement d'importance. Nous allions vivre des moments magiques à l'église, avec toute la pureté et la candeur de nos cœurs d'enfants. Nous étions très croyants dans les choses mystiques et divines. Nous n'avions pas de cadeaux emballés, papa disait toujours que le Père Noël était trop pauvre et qu'il ne pouvait se rendre dans les places reculées au fond des rangs. C'est pourquoi Noël avait une valeur différente, ce qui nous laissait le privilège d'apprécier le mysticisme de cette fête sans être distraits par les choses matérielles.

Pour se rendre à l'église, mon père avait attelé son vieux cheval, " son vieux Pit ", comme il disait. Avec ce cheval, aucun danger qu'il prenne le mors aux dents. Ça prenait presque une heure pour se rendre au village. Papa avait installé la grande carriole à deux sièges. Après avoir enlevé le siège arrière, il avait placé des couvertures de fourrure et des briques chaudes afin que nous y soyons confortables. Mon père semblait très heureux, bien assis avec notre mère sur le devant de la voiture. Ils étaient d'accord tous les deux pour rendre visite à un oncle qui demeurait au village. Nous allions passer une soirée agréable en attendant la messe de minuit. C'était la plus belle nuit d'hiver que l'on puisse imaginer…

Des milliers d'étoiles scintillaient dans le ciel. La lune brillait de tout son éclat et reflétait sur les flocons de neige des points lumineux dignes des plus beaux diamants. Ma sœur et moi étions couchés sur le dos au fond de la carriole, admirant le ciel dans toute sa splendeur. La plus belle cathédrale de la terre était
au dessus de nos têtes. Pour accompagner le tout, la seule musique que nous entendions, c'était le crissement de la voiture sur la neige et le tintement des grelots dans la nuit. La paix, qui était dans la nature, était aussi dans nos cœurs. Comme la pureté et la candeur de l'enfance étaient nos seuls cadeaux, nous possédions les deux cette nuit là.

Enfin! Onze heures et demie! Les cloches sonnent à toute volée, annonçant la messe de minuit. Nous allions assister à la plus belle messe de notre vie, celle qui nous a sans doute aidés à vivre notre foi chrétienne. Pour la première< fois nous allions entendre jouer de l'orgue. Pour nous, c'était de la musique céleste. Comme nous entrions dans l'église, un monsieur entonnait le " Minuit chrétien! " Quelle belle émotion! C'était divin! Trois messes se succédaient qui nous laissaient un peu endormis jusqu'à ce que des chants joyeux nous réveillent, annonçant la bonne nouvelle! : " Il est né le divin enfant ", " Ça bergers assemblons-nous ", " Dans cette étable "… Quel bonheur!... Lorsque les messes furent terminées, nous étions à moitié endormis, mais nous allions retourner dans notre foyer, l'âme en paix.

Il nous fallait revenir dans une carriole glacée. Lorsque nous sommes arrivés à la maison, nous étions un peu gelés, mais tellement heureux. Nous nous sommes glissés dans nos lits, tout habillés, sans nous faire prier. Je suis certain que les anges nous accompagnaient avec des Alléluia ! Alléluia ! Alléluia ! La Paix était avec nous…


Jean LePhilosophe
décembre 2004/2011
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