Une mère vue avec les yeux d'un enfant de dix ans.
Lorsque j'étais enfant, je lisais des histoires où l'on disait que les mères étaient des anges.
Ma mère, un ange? " Laissez-moi rire ", me disais-je, à ce moment là! Ha! Ha! Ha!

Comme nous étions plusieurs enfants dans la famille, ma mère surveillait tous nos agissements. Il fallait nous laver tous les jours, ne pas faire traîner nos vêtements, surtout ne pas nous quereller afin de savoir qui laverait la m…... vaisselle. Quelle chialeuse cette mère là! " Si elle n'était pas contente, elle avait seulement à le faire elle-même, ce travail-là ", nous disions-nous. Le plus dramatique, c'est qu'il fallait nous coucher le soir. Pourtant, nous avions des droits à la paix beaucoup plus qu'elle n'en avait, puisque " nous ", nous étions nés dans cette maison.

Ma mère, un ange?…Sûrement pas. Qui était-elle alors?
Mon père était beaucoup plus aimable qu'elle ne l'était, " Elle ". " Lui ," il jouait avec nous et nous pouvions nous amuser dans la maison quand notre mère n'était pas là; ça ne le dérangeait pas du tout. Il s'endormait sur le canapé et nous, nous avions du plaisir. Nous vidions les armoires, jouant dans le sucre blanc, la cassonade et le " cocoa "; ça faisait de si bons breuvages. Lorsque ma mère rentrait, elle nous chialait et disputait papa : " Pourquoi ne les as-tu pas surveillés? " Comme si c'était une catastrophe, un peu de chocolat partout dans la cuisine. Pauvre papa ! Quel martyr! Elle le regardait avec des poignards dans les yeux et n'ajoutait rien. Moi, j'ai vieilli et à quinze ans je me disais que :
" Ma mère n'était pas un ange "; mais je ne savais toujours pas qui elle était.

Maman, lorsqu'à vingt ans j'ai claqué la porte, ne voulant plus jamais te revoir, sans le savoir, je t'ai enlevé les dernières illusions qu'il te restait sur la vie. Je n'étais encore qu'un enfant immature qui ne comprenait pas que tu étais un être humain travaillant sans arrêt pour notre confort à tous. Lorsque nous étions malades, tu veillais sur nous avec une grande bonté. Je me souviens qu'après nous avoir grondés le jour, tu nous regardais dormir le soir, (même quand nous faisions semblant de dormir), tu versais une larme, regrettant d'avoir manqué de patience. Nous étions tellement heureux de savoir que tu te sentais coupable. C'était notre vengeance à nous.

Maman, maintenant qu'il est trop tard, je sais qui tu étais.
Tu semblais ne pas avoir le temps de nous écouter. Pourtant, lorsque nous avions du chagrin, tu t'approchais de nous pour nous consoler et souvent nous te repoussions comme si tu étais responsable de nos tracas. Je suis certain qu'à chaque fois que nous avions de la peine, tu avais plus de mal que nous en avions. Chaque fois que nous te repoussions, nous creusions une ride de plus sur ton front. Les années ont passé et j'ai compris trop tard qui était ma mère.

Ma mère, un ange?... Qui sait?
Maman, j'avais oublié que tu étais une enfant qui est devenue plus tard cette belle jeune fille. Je me rappelle les photos de ta jeunesse dont tu étais si fière. Tu aurais été tellement heureuse si nous avions dit que tu étais jolie. C'était trop nous demander. Il ne fallait pas que tu te sentes supérieure à nous. C'est pourquoi nous nous taisions. Qu'est devenue cette belle jeune fille rêvant à l'amour de son prince charmant? Une mère qui aurait dû être parfaite, même si elle ne connaissait rien à la vie, elle qui n'était elle-même qu'une enfant.
Maman, moi, j'ai vieilli. Tu n'es plus là. Tu reposes en paix et j'ai compris que tu n'étais pas un ange. Qui étais-tu alors?

Tu étais une femme!
Une femme merveilleuse tout simplement.

mai 2004/2012
©Tous droits réservés


Jeannette Gauthier
(alias Jean LePhilosophe)

Jean LePhilosophe


<BGSOUND SRC="BERCEU~1.MID" LOOP=10> Un clic à droite sur l'icône pour ajuster le volume.
Right Click on the icon to adjust sounds.