Jeannette
(alias Jean LePhilosophe)
vous présente

"LE RUBAN ROSE"
#14

"Je regrette pour vous, mes chères, vous ne m'aurez pas..."

5 décembre 2007 -J'ai soixante ans, et même si j'essaie de me raisonner, je suis morte de peur avant chaque traitement. Je prépare ma valise et chaque fois je me dis que c'est peut-être la dernière fois… Je pense à la seringue rouge qui va arriver et la nausée commence. Ce n'est pas le Club Med, je vous assure! Tout le monde me parle de la pensée positive.
Mon œil, le positivisme! Je suis presque ennuyée d'en entendre parler, même si je sais que c'est essentiel pour la guérison! J'ai peur, j'ai bien le droit! J'ai perdu le contrôle de ma vie. Je fais semblant d'être brave pour ne pas décourager ceux qui m'aident.
Quelle ironie du sort! Moi qui enseignais cela à mes employées lorsque leur moral était au plus bas. C'est maintenant à mon tour d'appliquer la leçon.
Je vais aller me coucher avec des pensées positives, espérant rêver: aux ¨petits oiseaux, aux fleurs et aux abeilles¨. Ce n'est pas facile de faire de l'humour, la veille d'un traitement!

Le 6 décembre 2007- Je vais recevoir mon quatrième traitement aujourd'hui. Je redoutais ce jour, étant encore en état de grande faiblesse J'ai peur de ne pouvoir survivre à ce nouveau supplice.
Ma fidèle Marielle vient me chercher et me dépose à l'hôpital. Je devais être là pour huit heures et ma chambre sera prête à onze heures seulement. Il me faut attendre dans le corridor, accompagnée de cette fameuse angoisse qui ne me lâche pas.
À midi, on me conduit à ma chambre et le traitement commence à deux heures. Je vois la seringue rouge et déjà les nausées commencent. On me donne des médicaments pour me soulager. La journée passe comme d'habitude et le traitement dure trois heures.
Je suis hospitalisée jusqu'au 11 décembre et Diane vient me chercher. Elle demeure trois jours avec moi et retourne à Québec. Les jours suivants, ce sont mes amies qui se relèguent chacune leur tour afin de ne pas me laisser seule, me sachant très faible.
14 et 15 décembre,- Je vais de plus en plus mal, je fais beaucoup de température. J'ai la bouche et la gorge enflées et garnies d'ulcères. J'ai beaucoup de difficultés à avaler et à respirer.

16 décembre 2007- N'en pouvant plus, j'appelle mon ex-mari qui se déplace malgré la tempête qui fait rage. Je lui demande de me conduire à l'urgence. Naturellement, c'est l'attente dans une chaise roulante. Il n'y a pas de lit disponible avant trois heures. Enfin, on prévient mon médecin. Après m'avoir examinée, il décide de m'envoyer au cinquième, à l'étage des ¨cancéreux¨.
Immédiatement, il exige une transfusion de sang. Mon système immunitaire est à 64% et à 50%, c'est la mort. Des antibiotiques sont prescrits pour faire disparaître ces ulcères.
J'ai dû recevoir trois transfusions de sang avant de commencer à revivre, mes globules blancs étant très bas.
Je craignais beaucoup ce quatrième traitement, mon intuition ne m'avait pas trompée.
Une autre inquiétude s'ajoutait à ces malaises. C'était le vingt-trois décembre et j'étais programmée pour mon cinquième traitement ¨deux jours après Noël¨. Je n'aurai jamais assez de temps pour récupérer mes forces, pensais-je.

24 décembre, - Oh! Surprise! J'ai reçu le plus beau cadeau de ma vie pour Noël.
L'oncologue m'a rendu visite pour me dire ceci : ¨Vous n'aurez plus de traitement, cela est devenu aussi dangereux pour vous que le cancer. D'ailleurs, vous avez eu ce qu'il y a de plus fort en traitement, je suis certain que nous avons réussi à vous en libérer. Vous recevrez, en février, vingt traitements de radiothérapie, j'espère bien que vous aurez gagné votre combat.¨
Une renaissance pour moi… Merci mon Dieu!
Enfin, l'espoir est revenu! Alléluia! Alléluia!
24 décembre - Je retourne à la maison, et finie la chimio! Je suis certaine d'être guérie… Le soir, ma fille Anne avait préparé un léger buffet et nous avons réveillonné en paix, avec ma petite famille. Nous étions tous très heureux de voir un peu de lumière au bout du tunnel. Le jour de Noël s'est passé paisiblement. Je me sens encore très faible, mais j'espère guérir.

31 décembre 2007 - La veille du jour l'An, ma sœur Diane et son ami Jean sont venus finir l'année avec ma famille et moi.
À mnuit, nous nous sommes tous embrassés. Nous avions beaucoup de reconnaissance envers la Vie qui nous avait protégés, malgré l'année éprouvante que nous avions passée.
Nous avons communiqué avec les autres membres de notre famille de Saint-Basile et cette fois-ci, nous avons tous versé des larmes de joie et de soulagement.
Que la paix nous accompagne pour ce début d'année!
À suivre…