Le 22 octobre 2007 - Je me prépare mentalement à recevoir le deuxième traitement de
chimio, c'est pour demain. Plus que d'habitude, je me sens
angoissée après avoir vécu l'expérience de la chambre des
horreurs. Même si on me dit que cette fois-ci, je vais être suivie de
plus près, j'en doute…

23 octobre - La journée fatidique est arrivée. Mon amie Marielle vient
me reconduire à ma chambre. Je m'installe et lorsque je vois arriver
l'heure du traitement, j'essaie de me convaincre que cette fois, ce
sera différent. En effet, les infirmières s'occupent de moi comme si
j'étais une enfant, l'enfant vulnérable que je suis devenue.
Avant mon traitement, on me donne du Gravol. Le traitement dure
trois heures et je ressens beaucoup moins de malaises. Je devais
demeurer à l'hôpital une dizaine de jours, mais comme je vais bien, je
peux sortir après six jours.

29 octobre - Je reviens chez moi… C'est comme si je revenais d'une
autre planète. À mon retour immédiat, mes amies n'osent pas
m'appeler au cas où je serais en phase terminale. Je les comprends
car moi même, si j'étais à leur place, je serais embarrassée de
reprendre contact avec une amie, ne sachant pas comment
m'exprimer, par peur de la blesser.
Je dors beaucoup. Je suis couchée une heure et debout une autre
heure. Je suis fatiguée, moi qui ne connaissais pas la fatigue. Je n'ai
pas faim et tout ce que je mange a un goût bizarre, comme si c'était
du cuivre, (même si je n'en ai jamais mangé).
Malgré tous ces inconvénients, je commençais même à trouver la vie
agréable, n'ayant pas de nausées. Voilà que ma gorge et ma langue
brûlent comme du feu (ce n'est pas un cas pour les pompiers, j'en
suis certaine). On appelle cela du muguet et il y en a en quantité
industrielle. Croyez-moi, ce n'est pas le muguet du printemps…
Je suis incapable d'avaler du liquide chaud ou froid. C'est un autre
effet secondaire du traitement du cancer.
Que ne ferait-on pas pour survivre? Le pharmacien me donne un
médicament qui devrait me soulager après 48 heures.
Tout de même, j'apprécie la chance que j'ai de recevoir ces
traitements qui vont sûrement m'aider à guérir.

30 octobre 2007 - Aujourd'hui, grande sortie : je vais faire changer
les pansements qui entourent mon bras pour tenir le pipe-line en
place car après une semaine, la chair pique et pourrait s'infecter. De
petits tubes sont introduits dans le bras pour injecter la chimio lors de
mes traitements. Un tube entre dans une veine pour les prises de
sang et un autre dans l'artère pour injecter ce fameux poison qui doit
tuer ¨les méchantes petites cellules destructrices¨. Je dois garder cet
appareil jusqu'au jour où les traitements seront terminés. Cet appareil
est installé dans le bras droit.
Le bras gauche ne pourra jamais servir pour des injections, la veine
ayant été sectionnée pour enlever les ganglions cancéreux. Le bras
est encore sensible suite à cette opération. Je dois faire attention à
mes mouvements, même si je suis très chanceuse, car je peux le
bouger et le lever sans que ce soit très douloureux.
Aujourd'hui, c'est le jour de l'Halloween. Les années passées, je
prenais plaisir à faire des décorations et je distribuais de nombreux
sacs remplis de chocolats et de bonbons aux petits fantômes et
sorcières qui se présentaient à ma porte.
Maintenant je me dis : " j'ai seulement à enlever ma perruque, mes
dents rapportées et faire des grimaces, ils me prendraient vraiment
pour une méchante sorcière ". Quand on dit que l'habit ne fait pas le
moine... Pourtant, je suis la même personne que l'an dernier mais
l'apparence a bien changé pour le moment.
Pour compléter ma journée, je dois passer chez la coiffeuse qui m'a
vendu ma perruque. Elle doit être réajustée car elle me tombe sur les
yeux.
Afin de me protéger du froid et braver les tempêtes de neige, je vais
me choisir un mignon petit chapeau qui me donne un air coquin.
Je pense au conseil de maman qui me dit :
"Ne baisse jamais les bras en négligeant ta tenue. Une belle
apparence donne plus d'espoir et ton miroir te donnera l'illusion d'une
meilleure santé. Garder le moral, c'est très important pour assurer
une guérison".

Jeudi le 1 novembre - Ce matin, j'ai un rendez vous chez un
psychiatre. Je lui raconte quelques bribes de ma vie très
mouvementée et lui dit que j'ai peur de la folie, avec tous ces
chambardements. Il m'assure que c'est une dépression
circonstancielle et que si j'avais eu à perdre la tête, ce serait fait
depuis longtemps. Il m'a assurée que je devais cesser de me
préoccuper inutilement des autres, et que si je voulais guérir, il
faudrait changer mes pensées et arrêter les scénarios négatifs.
Voilà sa citation:
"Les plus grands amis du cancer, ce sont le stress et l'inquiétude"...
Ça fait réfléchir!

Vendredi 2 novembre - Maman vient passer une journée chez moi.
Elle demeure seulement 24 heures et je suis heureuse de la voir. Sa
présence me donne de l'énergie et j'ai l'espoir d'une vraie guérison.
Après son départ, mon inquiétude de toujours refait surface…
Maman, qui fait toujours de l'hypertension, et moi avec ce cancer…
l'angoisse de nouveau me ronge. Je prends des anti-dépresseurs qui
m'aident à retrouver mon équilibre.
Les autres jours du mois, je m'occupe de mes affaires et je prends
l'auto pour mes activités, en attendant le troisième traitement prévu
pour le 15 novembre.
Je me suis commandée, à la maison, un massage de pieds, cela fait
tellement de bien. C'est le temps de me gâter pour les fois où je me
suis oubliée. Je vais donc me reposer avec la confiance que tout ira
mieux pour le prochain traitement.
À suivre…