Mercredi 17 octobre 2007- Je me réveille ce matin très angoissée. Je dois sûrement continuer à
rêver… je crois vivre un cauchemar. Peut-être que le réveil est trop
brutal… J'ai devant moi une photo prise l'année dernière alors que
j'étais rayonnante de santé. Je ne me savais pas encore porteuse de ce tueur
silencieux, ¨le cancer¨.
Ce soir-là, je me sentais heureuse et triomphante. J'avais organisé une fête
d'hommage pour souligner la retraite d'un employé et ce fut un succès. Je me
croyais alors indestructible…
Je me compare et me torture inutilement en regardant cette photo. Je pense
être un peu masochiste …
Heureusement ma sœur est arrivée ce matin. Elle est là pour me remonter le
moral car le petit oiseau frileux vole très bas. Demain, je fais raser mes
cheveux car ils tombent et c'est incommodant. Ce qui me tracasse davantage,
c'est que je devrai recevoir d'autres traitements de chimio et je n'en veux pas!
J'en ai ras-le-bol…
Surtout que j'ai le bol très déplumé…

18 0ctobre 2007 - Nous avons rendez-vous à 9 heures chez la coiffeuse et je me fais couper les
cheveux très courts pour ajuster la fameuse perruque (ma sœur et moi avons
décidé de l'appeler la pièce). C'est moins traumatisant… J'ai le cœur en
compote, je n'ose pas me regarder dans le miroir. Je me trouve affreuse… On
fait des farces, avec la pièce, ce n'est pas si pire…
Une autre étape est passée et je me dégrade de plus en plus. Je me sens
fatiguée, tout ce que je mange goûte le fer ou ne goûte rien du tout.
Heureusement, je reçois beaucoup d'amour de mon entourage, c'est devenu
ma nourriture et ma bouée de sauvetage.
Ma soeur et moi décidons de visiter la chambre où je serai hospitalisée car on
me promet de me garder sous surveillance tant que les effets secondaires de la chimio ne se seront pas estompés.
Nous rencontrons l'infirmière qui nous montre la chambre simple, propre et
bien éclairée. Elle m'encourage fortement à prendre le deuxième traitement
de chimio. De toute manière, mes cheveux vont tomber puisque le processus
de chute est déjà enclenché
L'infirmière me dit que je serai bien suivie pour éviter les complications
du premier traitement. J'accepte de subir ce deuxième traitement,
espérant ne pas être trop affectée cette fois-ci. Qu'est-ce que l'on ne
ferait pas pour continuer à vivre?
Ma sœur et moi sommes allées déjeuner dans un restaurant et ensuite, en
route pour Saint Basile. Nous allons rendre visite à ma mère où je vais passer
quelques jours afin de me remonter le moral. De l'amour, on n'en a jamais
trop pour traverser une épreuve comme celle-ci.
Comme nous voulions lui faire bonne impression avec ma nouvelle
coiffure, nous avons soigneusement replacé la perruque en montant
l'escalier de la résidence où elle demeure. Ce trop plein de zèle nous a
perdues, nous l'avions placée à l'envers Nous avons tellement ri de la
situation que nous sommes arrivées crampées de rire comme de vraies
malades. Ma mère se demandait si nous avions complètement perdu
l'esprit mais lorsqu'elle a vu mon accoutrement, le rire est devenu
contagieux. C'est ainsi que je fis ma première apparition avec mon
déguisement.
La coiffeuse qui m'avait coupé les cheveux les avait laissés trop longs,
ma perruque ne pouvait tenir en place. Après une nuit de repos, nous
avons décidé de me raser les cheveux complètement, avec un rasoir.

Vendredi le 19 octobre - Dans le lit de ma mère, je dors toujours très bien. Je me sens enveloppée
d'amour et protégée. Ma mère a cuisiné du blanc-manger à l'ancienne. C'est
tout ce que je pouvais avaler ainsi que de l'Ensure, ce qui me fournit les
vitamines dont j'ai besoin.
Dans l'avant-midi, Diane est venue me raser les cheveux Ça piquait tellement
que c'était à peine soutenable. Ma mère me tenait les oreilles pour éviter que
Diane ne me les coupe. Il ne m'aurait manqué plus que cela comme
décorations!
Voici ce à quoi je ressemble avec ma nouvelle coiffure. De quoi je me plains
au juste? Je n'ai plus besoin de passer chez le coiffeur… Quelle économie!
¨Je n'ai pas maigri d'une seule livre¨…

20 octobre 2007 - Aujourd'hui, je sors avec ma mère, nous allons magasiner et manger au
restaurant. Ensuite, je me rends visiter ma sœur Solange. Je me sens
normale, comme si rien ne s'était passé, à l'exception de la pièce que j'ai sur
la tête et que je crains de voir tomber.
Tout irait de mieux en mieux si ce n'était de cet autre traitement que je
recevrai le 23 octobre. N'y pensons plus pour aujourd'hui, vivons une
journée à la fois…
À suivre…