
L'angoisse qui ronge le coeur des familles
(Jeannette se confie) :
Je reçois les confidences de ma fille chaque jour et parfois je suis incapable de les
traduire et de les mettre en écriture, trop d'émotions viennent m'arrêter dans mes
inspirations quand tout à coup le doute m'étreint et que la peur prend le dessus. Ce
sont des moments cruciaux que connaissent toutes les familles ayant vécu ces
expériences. Je chasse ces papillons noirs très vite afin de ne pas céder au
désespoir. Oui, ma fille sortira vainqueur de ce combat.

(Lise se raconte) :
6 octobre 2007 - On m'a diagnostiqué une pancréatite aiguë. Je souffre le martyr. Je suis certaine
que c'est le cancer qui s'est jeté sur le foie ou le pancréas. On me garde à l'urgence
et la journée se passe avec une injection à toutes les quatre heures. Je ne peux
même pas garder une cuiller à thé d'eau. Je commence à m'endormir et au moment
où je commence à me sentir un peu mieux, à 11 heures du soir, on décide de me
transférer aux soins de courte durée.
Nous passons dans des corridors de ciment. Dans mon demi-sommeil, je suis
certaine que je vais à la morgue. Il fait noir dans ces corridors, ça sent la mort… Je
ne veux pas rester là. Je pleure comme l'enfant que je suis devenue, et je supplie de
me placer ailleurs. On me répond de me taire, parce qu'ici ce sont des malades en
phase terminale et qu'ils doivent se reposer. (Je me dis en moi-même que s'ils sont
mourants, ils auront bien le temps de se reposer.) Je pense que c'est sûrement le
sort qui m'attend si je reste une journée de plus dans cet hôpital et que si j'en sors
vivante je n'y remettrai pas les pieds. Finis les traitements de chimio…
Il n'y a pas de personnel et l'infirmière est obligée de faire seize heures. De plus, elle
a une stagiaire qui commence. C'est la préposée qui vient me picoter pour les prises
de sang. Je me dis que j'ai cinq fois plus de chance de mourir ici que de mourir du
cancer.
Un oncologue passe et me dit que je devrai endurer mon mal jusqu'à mardi, il n'y a
aucun radiologiste dans l'hôpital avant mardi à cause du congé de l'Action de
grâces.

Dimanche le 7 octobre - Le matin, ça commence par une horreur. La piqueuse du matin arrive en me disant :
vous faites beaucoup de cholestérol ce matin, madame Brière… Je panique… Je ne
suis pas Madame Brière, je suis Lise Germain. Elle me dit : montrez-moi donc votre
bracelet. Je regarde et je m'aperçois que je n'en ai pas. À mon arrivée à l'hôpital, les
infirmières étaient tellement débordées, qu'elles ont oublié de m'en poser un. Quand
on m'a déménagée la veille, on m'a placée dans le lit d'une Madame Brière et toute
la nuit j'ai été traitée comme cette autre patiente.
La panique et la folie s'emparent de moi. Toute la nuit j'ai été confondue avec une
autre patiente. Je crie et je deviens complètement hystérique. Une heure de plus et
on me mettait la camisole de force.
Un vrai miracle se produit… Ma mère et ma sœur arrivent de Québec. Je suis au
bord de la folie. Enfin, mes sauveurs! Ma sœur Solange travaille dans un hôpital, elle
connaît ses droits et les miens; elle prend les choses en mains et ça passe par-là.
Elle a dû sortir ses papiers afin de prouver qu'elle est technicienne dans un
laboratoire pour avoir le droit de lire les dossiers de l'hôpital et vérifier les prises de
sang. Elle en a fait reprendre d'autres afin de vérifier les erreurs qui auraient pu être
commises.
En attendant, ma mère m'a fait une brève toilette; ça m'a fait tellement de bien.
Un radiologiste a été rappelé par le médecin qui a dû insister pour le faire sortir de
son congé de l'Action de grâces afin de prendre de nouvelles échographies et des
rayons X. Après m'avoir injecté de l'iode pour colorer les tissus, on m'a passé un
scanner. On ne m'avait pas prévenue que l'iode provoquait une réaction de chaleur
dans les veines et comme j'étais déjà paniquée, je pensais étouffer.
Après avoir passé cet examen, l'oncologue me rassure et me dit que l'enflure du
pancréas va s'en aller progressivement et que ce désagrément a été causé par les
efforts que j'ai faits pour vomir. Je n'ai pas de cancer sur le pancréas. Merci mon
Dieu! Ça m'a rassurée et après avoir eu ces résultats, j'ai reçu les médicaments
appropriés et enfin, la sécurité! Je me suis endormie comme un bébé, mes anges
veillaient sur moi et ils sont partis après s'être assuré que j'allais m'en sortir.

Lundi le 8 octobre 2007 - J'ai reçu mon congé ce matin. La sortie de l'enfer, quoi…C'est clair, dans ma tête,
plus jamais de chimio. Ma sœur Diane est partie de Québec pour m'aider à faire ma
convalescence, temporaire…Elle m'encourage et me soutient dans tout ce qu'elle
peut faire…Elle est très positive et sa bonne humeur me fait chaud au cœur.
Elle m'a fait un bouillon de poulet, j'en ai pris une gorgée. Ensuite, j'ai été me
coucher, et elle m'a bordée comme un bébé. J'avais l'impression d'être au paradis.
(Merci mon Dieu d'être sortie vivante de cet enfer). Est-ce que je prendrai un autre
traitement de chimio? Pour le moment, c'est non, oh! Que non! C'est le premier et ce
sera le dernier, (que je me dis).
À suivre…