12 octobre 2009 - Action de Grâces
31 octobre 2009 - Halloween
Le mois de novembre, mois des morts… ou mois des vivants…? J'ai souvenir : "De mois de novembre où les frissons de la peur nous accompagnaient dans nos soirées de jeunesse, où les peurs de toutes sortes hantaient nos vies."

Pour nous, gens de la campagne, la première nuit de novembre était terrifiante. Le vent glacial faisait trembler les branches des arbres démunies de leurs feuilles. Ces arbres dénudés qui ressemblaient à des squelettes, qui émettaient des sons étranges, comme des voix venues de l'au-delà, pour nous réclamer des prières. À cette époque, dans notre peur des morts, c'étaient sûrement des âmes errantes revenues sur terre pour nous harceler.


Elles voulaient nous prévenir des tourments éternels qui nous attendaient, si nous ne changions pas notre manière de vivre. Ce que nous ne pensions pas, c'était que ces âmes voulaient peut-être partager avec nous la paix qu'elles avaient retrouvée dans leur nouvelle vie. Qui sait?

Donc, pour elles, une nuit sans lune était propice pour une avalanche de fantômes. C'était leur seul soir de sortie durant toute l'année, là où elles pouvaient revoir les gens qu'elles avaient aimés.

Les maisons, éclairées seulement par une chandelle, devenaient un repaire idéal pour la rencontre de tous les défunts. Les oncles et les tantes décédés, les grands-pères et les grands-mères profitaient de ce court laps de temps pour revoir le lieu de leur passage sur cette terre. Ce lieu qui leur avait permis de s'épanouir et de trouver la récompense de leurs labeurs, sans quoi ils n'auraient jamais connu la félicité éternelle.


Pour nous, pauvres mortels, ce mois était sinistre, car on nous avait appris que les âmes des morts brûlaient dans un lieu impossible à décrire : le purgatoire ou peut-être l'enfer et que ces âmes venaient nous torturer afin que nous comprenions la nature de leurs souffrances. Seules les prières et les messes pouvaient les sortir de ce purgatoire où même une seule goutte d'eau leur était refusée. C'est pourquoi la peur nous habitait durant cette nuit très particulière.

Un premier soir de novembre, alors que toute la famille était réunie dans la cuisine, nous avions failli mourir de peur. Éclairés à la faible lueur d'une chandelle, nous étions collés les uns contre les autres, pensant ainsi nous protéger des fantômes. Nous écoutions les bruits du vent qui passait par la fente des fenêtres mal closes. C'était lugubre.

Et voici que tout à coup dans la fenêtre, un méchant fantôme nous apparaît, les yeux rouges comme du feu! Sa grande gueule crachait des flammes. Nous poussions tous des cris hystériques. Nous étions incapables de nous maîtriser. Nous nous réfugions sous la table et un peu partout dans les garde-robes et les armoires de toutes sortes. Ma mère, qui se pensait toujours en état de péché mortel, croyait que c'était un démon sorti de l'enfer.


Mais nous, les enfants, nous pouvions crier et crier, les yeux rouges du fantôme nous fixaient toujours. Mon père, qui ne s'en laissait jamais imposer par les peurs, décida donc d'attaquer le fantôme par surprise. Sans faire de bruit, il sortit dehors sur la pointe des pieds. Tout à coup, nous entendîmes des cris sinistres et le fantôme disparu, emportant sans doute notre père avec lui. C'était la consternation!

Oh! Surprise! Quelques instants plus tard, voilà papa qui revient à la maison, tenant dans ses bras un jeune garçon mort de peur lui-même. Le jeune plaisantin avait dans ses bras une grosse citrouille qu'il avait creusée et vidée de ses graines. Il avait fait des trous pour les yeux et une grande ouverture pour la bouche. C'était une citrouille avec de gros yeux illuminés par une chandelle à l'intérieur et une grande gueule crachant des flammes! Notre fantôme était démasqué!


Papa en profita pour nous donner une petite leçon de vie. Il nous disait que nous avions la preuve que toutes nos peurs pouvaient s'envoler de cette manière, si nous y faisions face. C'est à partir de ce jour que le mois de novembre est devenu pour moi le mois des vivants puisque que j'avais appris à vaincre mes peurs grâce à une plaisanterie sans conséquence. Au cours des années, ce sont sans doute des plaisanteries de ce genre qui ont permis à la jeune génération de banaliser et de démystifier la peur des morts et d'en faire une fête de réjouissances.

Vive l'halloween!

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Jean LePhilosophe