Mon grand-père maternel aimait nous raconter des contes et nous
parler aussi des coutumes de nos ancêtres. Je me souviens bien de
celle de
l'eau de Pâques car ma mère aussi nous en parlait. Au petit
matin de Pâques et avant le lever du soleil, grand-père réunissait les enfants les
plus vieux et munis de récipients, ils allaient chercher de l'eau dans
un ruisseau derrière la ferme. Il faisait froid en ces matins de
printemps. Il fallait souvent que grand-père brise la glace pour
arriver à recueillir l'eau... Cette eau pure avait des pouvoirs
bénéfiques. On s'arrangeait pour que la provision dure toute
l'année. C'était toute une aventure.
Cette eau servait à bénir la maison, ce que mon grand-père faisait à
l'aide d'un rameau qu'il recevait à l'église le dimanche précédent le
jour de Pâques. Elle pouvait aussi guérir les malades, protéger les
demeures contre les intempéries comme la foudre, le tonnerre ou le
vent. On la faisait aussi boire pour guérir de la fièvre et des
diarrhées. Cette eau pouvait aussi nous protéger des
mauvais esprits et de n'importe quel malheur pouvant s'abattre sur nous.
Pendant ce temps, grand-mère qui était restée à la maison avec les
plus jeunes, préparait un bon repas, c'étaient des oeufs, du jambon,
des oreilles de Christ, du lait frais, et évidemment le sirop d'érable
accompagné de pain de ménage grillé sur le poêle à bois...
Pâques, c'était une belle fête en famille, c'était la renaissance!
C'était le pardon! C'étaient les sourires et les rires aux éclats. C'était l'arrivée du printemps avec son soleil qui réchauffe la terre de
ses rayons chauds et bienfaisants. C'était le chant des oiseaux que le
frimas de l'hiver avait rendus muets. C'étaient les bourgeons qui
éclataient joyeux dans les bois. Quelle
bénédiction!