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ROMAN-FEUILLETON VIRTUEL

LA RIVIÈRE CHAUDE

Épisode 8
La douceur d'aimer

Les chevauchées à deux étaient particulièrement goûtées par Bruno et Sylvie. L'odeur des bois les attirait. La solitude de ces lieux leur apportait la paix au cœur.
L'automne éveillait dans leur âme une délicate sensibilité qu'ils croyaient cachée. Il concourait à leur donner une légère teinte de mélancolie et berçait le cœur troublé de Sylvie. Depuis le baiser avec Diane, aucune allusion n'avait été faite sur leurs sentiments réciproques. Ils avaient causé du travail de Bruno, de la beauté des bois et de la littérature; en un mot, de tout, sauf de leur amour. Il n'y avait plus dans leurs relations cette chaleur des premiers jours.
Aujourd'hui, Bruno décida de mettre fin à ce climat tendu. Lui et Sylvie montaient chacun un superbe pur sang.
-Sylvie, cette situation ne peut se prolonger. Je veux te parler de Diane et de moi.
-Désires-tu m'annoncer tes fiançailles?
-Ne badine pas, Sylvie! C'est à propos de l'autre jour…
Il espéra qu'elle lui viendrait en aide, mais elle le laissa dire :
-Tu es en mesure d'avoir supposé les pires déductions.
-Pas les pires puisque tu es sans doute en amour avec ma sœur. Ne m'as-tu pas avoué un certain soir que l'amour était sacré pour toi?...
-Je n'aime pas Diane, c'est toi que j'aime, ma douce et tendre Sylvie.
C'est justement ce que Sylvie mourait d'entendre. Ils descendirent tous deux de cheval, il enlaça Sylvie et posa ses lèvres chaudes un instant sur les siennes.
-Tu n'as pas le droit, Bruno, protesta-t-elle faiblement pour la forme, troublée.
-Si, Sylvie, parce que je t'aime. Je t'aime de l'amour avec un grand A, déclara-t-il de sa voix chaude qui la faisait frémir.
-Oh! Bruno, supplia-t-elle se sentant si vulnérable, Bruno!
-Ne te sens-tu pas bien dans mes bras, ma chérie? Ta peau est tout aussi douce que la mousse des bois.
Son regard était chargé d'amour et de tendresse. Il lui vola plusieurs baisers et ce n'est que beaucoup plus tard qu'elle fit un mouvement pour se dégager.
-Rentrons, Bruno, fit-elle bouleversée.
Bruno l'aida à se mettre en selle. Il éleva jusqu'à elle des yeux où elle lisait des sentiments si doux, si merveilleux; elle frissonnait de joie… C'était trop beau.
-Crois-moi, chérie, je t'aime et je te le prouverai.
Sa mine heureuse fut pour lui la plus belle des réponses. Ils furent bientôt en selle. Leurs chevaux allaient au pas, l'un à côté de l'autre… Elle n'osait le regarder de peur de voir s'évanouir ce bonheur et lui la contemplait dévotement; il sentait grandir son amour qu'il voulait durable. Ce retour silencieux fut le plus doux et le plus magnifique de la terre.
Ils se dirent au revoir et chacun regagna sa demeure, heureux, la tête pleine de rêves, le cœur débordant de tendresse et l'âme chantant son hymne à l'amour.
Sylvie partagea son bonheur avec Émilienne.
-C'est merveilleux, maman, Bruno m'aime.
-C'est vrai, mon trésor. Je suis contente de te voir heureuse.
-Je me demande si je rêve, maman, je ne croyais pas qu'un jour je me sentirais tant et même trop aimée.
-Oui, mon enfant, profite de ce moment exquis tandis qu'il passe et garde précieusement ton bonheur.
-Je saurai le conserver.
Et elle se mit à fredonner en esquissant quelques pas de danse.
Le soir, elle et Bruno se retrouvèrent. Ils se promenaient main dans la main.
-Ton joli visage m'a hanté tout l'après-midi, Sylvie, murmura-t-il tendrement.
-Comme ce devait être ennuyeux pour toi, Bruno! se moqua-t-elle câlinement.
-Oh! Non, ma chérie, les heures se sont envolées avec une telle rapidité. Juste à penser à toi, Sylvie, j'avais des ailes.
-Moi aussi, j'étais très enjouée et maman était enchantée de me voir ainsi.
-J'avais hâte de te retrouver, mon amour… Qu'as-tu fait?
-J'ai rêvé à toi tout en aidant maman. Je n'ai encore rien dit à papa et le pauvre était tout étonné. Il se demandait quel démon avait remplacé sa sage Sylvie.
-Un bien aimable démon, alors. Tu es belle à croquer ce soir. A mes yeux, tu as toujours été une jeune fille idéale. Ton âme est si belle. Tu es l'élue de mon cœur et j'ai la certitude que je ne regretterai jamais ce choix. Tu as l'art de me faire connaître les plus doux moments de l'existence.
Ils étaient arrivés sur le bord de l'eau et ils s'assirent. Ils admirèrent les reflets de la pleine lune sur les eaux argentées du ruisseau. Le vent soufflait légèrement et jouait dans les cheveux de Sylvie.
Pour ajouter au charme de cette féerie, la voix caressante de Bruno s'éleva :
-Comme toi, mon amour, cette eau est attirante et limpide. Aucun être humain, sauf toi, ne pourrait rompre cet instant unique. Ta présence est magique comme la nature. Mon désir le plus ardent est que tu sois toujours ainsi, pure, douce et bonne.
-Mon amour pour toi est si grand, Bruno, qu'il ne pourra jamais mourir. Si ta confiance en moi est aussi profonde que celle que j'ai en toi, tu ne douterais plus.
-Comme ton cœur est grand, Sylvie. Je me demande si je suis digne de toi.
-Toi, indigne de moi… Oh! Ça jamais… Je me sens si petite près de toi.
-Tu es la seule personne à qui je trouve une foule de choses à dire depuis que mon père est mort il y a trois ans. Ma mère, qui était Canadienne anglaise, est retournée vivre en Ontario avec mes trois frères et sœurs. Je me sens bien seul…
Elle appuya un moment sa tête sur son épaule et il lui mit un baiser dans les cheveux. Ils restèrent tendrement enlacés sans dire un mot, écoutant les bruits de la nuit. Ses douces caresses lui faisaient prendre conscience qu'il existait des sensations merveilleuses à explorer et à expérimenter…
Ils se levèrent et rentrèrent.
Antoine les rejoignit au salon un peu plus tard alors qu'ils regardaient l'album de photos familial; les photos de Marielle y brillaient par leur absence.
-J'ai vu vos deux ombres tout à l'heure. Nous avons une belle soirée, n'est-ce pas?
-Oui, monsieur Dusablon, il fait bon prendre une marche de santé au clair de lune.
-Vous aimez bien la vie à la campagne, Bruno?
-Oui, vous aussi, je crois?
-C'est pourquoi je suis cultivateur.
Les deux hommes causèrent longuement. Sylvie les écoutait, la tête dans les nuages et heureuse comme un poisson dans l'eau.
Avant de quitter Sylvie, Bruno posa amoureusement ses lèvres sur ses cheveux puis sur sa bouche :
-Bonsoir, mon ange, fais de beaux rêves!
Le lendemain fut une de ces belles journées d'automne où le chant des oiseaux s'est envolé. Seul le murmure des feuilles se posant sur le sol dans une lente agonie mettait des bruits dans l'air. On sentait déjà la nostalgie de l'été disparu. Partout, ça et là, ce n'était que couleurs féeriques appliquées par le plus grand des artistes et créateurs.
Même à la maison des Dusablon, les âmes semblaient se mettre à l'unisson. Les cœurs étaient légers. Les réparties étaient spontanées. Tous se préparaient à aller rendre visite à Annie qui pensionnait chez les Julien et fréquentait le couvent depuis septembre.
Bruno se joignit à la famille Dusablon pour le départ.
L'on se mit en route les bras chargés de présents de toutes sortes. Ce fut un échange de baisers de la part des Julien et des Dusablon et tous parlaient à la fois. Mario en profita pour faire une cour discrète à Diane qui se montrait plutôt distraite.
À suivre...




La rivière Chaude
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