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ROMAN-FEUILLETON VIRTUEL

LA RIVIÈRE CHAUDE
Quand ils arrivèrent, Bruno Godin et Diane étaient à causer. Une
entente cordiale semblait régner entre eux. Mario eut un petit
pincement au cœur. Les présentations furent faites.
-Comment se porte notre jeune fille des bois? s'informa Bruno Godin
avec une courtoisie complice.
-Très bien, sourit-elle.
-Monsieur Godin m'a raconté votre rencontre d'hier, s'empressa de
dire Diane. C'est très romantique, ma chère, seuls dans les bois.
Sylvie se tourna vers Bruno en posant un regard interrogateur sur lui.
-Nous n'avions rien à cacher, à votre sœur, mademoiselle, fit-il la
caressant toujours de son regard troublant.
-Bien sûr, jeta-t-elle sur un ton qu'elle voulait désintéressé. Elle se
sentait trahie. Elle qui s'était fait un secret de cette rencontre
merveilleuse, elle qui en rêvait. La petite sentimentale qui lisait trop
de romans à l'eau de rose et qui déjà se forgeait une félicité… Elle
aurait ri et pleuré à la fois. Elle se contraignit à rester calme.
-Monsieur Godin a été très galant avec moi depuis son arrivée, dit
Diane.
-C'est l'un de ses charmes, répondit Sylvie, railleuse.
Bruno Godin jugea prudent de prendre congé.
-Déjà! jeta Diane avec mécontentement.
-Oui, mademoiselle. Quoique je sois charmé d'avoir été en aussi
charmante compagnie. Merci d'être d'accord pour prendre grand soin
de mon cheval. J'espère que nous nous reverrons très bientôt.
-Nous aussi, croyez-le! répondit Sylvie.
-Prenez bien soin de vous!
Dès qu'il eut disparu, Diane lança avec admiration :
-Il est formidable!
-Il semble un homme très bien, admit Mario.
-Il est mieux que ça, reprit Diane. Je suis toujours heureuse d'avoir
l'occasion de parler avec un homme d'une aussi belle éducation. Il a
de belles manières, il est très beau. Je gage qu'il est riche.
-Il est très bel homme, remarqua madame Dusablon. Cependant,
Diane, ne soupire pas de la sorte.
-S'il y a quelqu'un qui soupire, maman, c'est bien Sylvie.
-Je ne crois pas.
-Si, maman, elle soupire silencieusement. J'espère qu'elle réussira à
lui plaire et à en faire son amoureux. Sylvie en amour, ricana-t-elle,
ce serait du nouveau!… Ce sera aussi très palpitant à suivre. Qu'en
penses-tu, grande sœur?
-Tes sarcasmes me laissent absolument indifférente, fit l'aînée.
Allons dans le jardin, Mario, invita la cadette. Nous pourrons nous
régaler des bons fruits mûrs, à ce temps-ci de l'année.
-Avec plaisir, Diane.
Elle l'entraîna vers un petit paradis terrestre abondant en groseilles,
gadelles, framboises et vers un verger d'une vingtaine de pommiers
qui donnaient la pomme de neige en été et la délicieuse duchesse en
automne.
-Tu as l'air bien songeur, Mario?
-Je pensais à toi et à Monsieur Godin. Tu le trouves à ton goût à ce
point?
-Il est bien ordinaire, mentit-elle. Je voulais simplement taquiner ma
sœur. Entre nous, je t'avoue franchement que tu me plais beaucoup
plus.
-C'est vrai?
-Oui, Mario, et tu peux quitter cet air de chien battu. Allons, faisons la
fête ensemble!
Elle cueillit une groseille et l'offrit câlinement au jeune Julien.
-Pour toi, mon beau, je l'ai choisie tout spécialement; ce sera bien
meilleur. Tu me plais beaucoup, tu sais, murmura-t-elle en plongeant
son regard aguichant dans les yeux couleur d'eau. J'aime tes
cheveux blond frisé. Il doit être plaisant de les toucher.
-Toi, Diane, tu es " mon rêve ".
-" Ton rêve ", répéta-t-elle ingénument.
-Oui, tu es belle comme une déesse. J'ignore quelle sorte de feu
brûle en moi, en ce moment, mais je t'aime éperdument.
Elle le regarda toujours aussi provocante.
Elle lui caressa les cheveux, puis elle se leva :
-Rentrons, car j'ai peur que nous perdions la tête.
-Je t'aime.
Quand ils pénétrèrent dans la vaste cuisine, la table était mise; ils
pouvaient sentir le bon ragoût de boulettes et une odeur de farine
grillée flottait encore dans l'air. Ils s'y approchèrent bientôt.
Après le repas, Sylvie regagna sa chambre et se jeta sur son lit pour
se détendre un peu et faire passer son mal de tête.
Mario, Diane et Annie étaient à s'ébattre dans les eaux de leur lac
artificiel alimenté par une source naturelle venant des collines. Ils
profitaient de ce superbe soleil estival.
Henri Julien était allé taquiner le poisson et madame Dusablon
vaquait à sa besogne.
Le calme le plus sain régnait dans ce vaste foyer retiré dans un coin
tranquille de notre belle campagne québécoise.
Après le souper et après avoir fait jouer sur son tourne-disque une
leçon d'anglais et d'espagnol, langues qu'elle étudiait durant ses loisirs,
Sylvie se préparait à sortir lorsque Diane l'apostropha :
-As-tu un rendez-vous avec un amoureux.
Oui, souffla-t-elle mystérieuse. M'accompagnes-tu, Diane?
-Je ne veux pas troubler votre tête à tête, rit-elle sans arrière pensée.
-Mais si c'était vrai?
-J'irais peut-être…
Et leurs rires fusèrent jeunes et frais.
À suivre...


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