|
ROMAN-FEUILLETON VIRTUEL

LA RIVIÈRE CHAUDE
Épisode 28
Les retrouvailles
Ce fut justement le début d'avril que Niels choisit pour couvrir dans
son "cahier Tourisme" l'Australie et la Nouvelle-Zélande.
De retour, se sentant las et fatigué et préférant passer un week-end
paisible avec leur fils Yan, il demanda à Sylvie de se rendre à une
présentation de voyages à sa place à l'hôtel Georgia où il était
attendu. Elle hésita un moment, puis accepta.
Elle avait négligé sa vie sociale depuis leur séparation. Elle décida de
magasiner pour une robe ou un tailleur. D'ailleurs ces derniers temps,
magasiner était devenu un rituel pour elle, une quasi nécessité. Les
beaux vêtements et la fine lingerie dont elle s'entourait compensaient
en sorte pour le manque d'affection dans sa vie présente. Cela était
bon pour le moral.
Ravissante dans un tailleur de soie marine signée Yves Saint-
Laurent, Sylvie s'y rendit. Elle se mêla aux autres invités qu'elle
connaissaient pour la plupart pour les avoir rencontrés à d'autres
fonctions touristiques ou au cours de voyages. Elle prit des notes
pour Niels et se montra à la hauteur.
Il était souvent d'usage de terminer ces soirées au bar salon, ce
qu'elle fit.
Ils discutaient. Ils prenaient un verre… Ils dansaient.
Elle ne s'était pas divertie autant depuis longtemps. Elle se sentait
belle et grisée, le vin aidant.
C'est durant l'une des pauses de l'orchestre qu'elle crut à une
hallucination quand elle vit apparaître devant elle, Bruno, en chair et
en os. Elle en fut troublée un moment, attribuant cette vision à ses
trop nombreuses coupes de vin.
Il la fixait de cette ardeur passionnée qui lui fit passer un délicieux
frisson dans le dos.
Il était plus séduisant que jamais avec ses tempes grises, sa
moustache distinguée et ses quelques rides autour des yeux et de la
bouche.
L'orchestre commençait à jouer. Il lui prit la main avec une tendresse
infinie et la guida vers la piste de danse.
Le contact de sa peau le brûlait et son cœur battait d'excitation.
Le monde entier cessa de vivre à part eux deux.
La magie persista durant toute la chanson et même après qu'ils se
soient assis l'un en face de l'autre, ne pouvant se détacher l'un de
l'autre, se baignant dans leur amour unique qui ne passa pas
inaperçu.
-Sylvie, dit Bruno encore transfiguré, chaque fois que je te touche, j'ai
l'impression de toucher à de l'or pur. Je sens un courant d'électricité
m'envahir dans tout mon être depuis mon cœur jusqu'au tien. Quelle
merveilleuse sensation!
-C'est ce que je ressens moi aussi, Bruno.
Ils décidèrent de prendre un digestif ensemble, dans sa chambre
d'hôtel, refusant d'interrompre cette magie qui les enveloppait et les
rendait heureux.
Bruno était à une convention depuis deux jours à l'hôtel Georgia. Il
avait essayé de la joindre au téléphone, sans succès.
Avec sa clé, il ouvrit la porte de sa chambre d'hôtel et la laissa y
pénétrer en premier. Elle s'assit nonchalamment dans un grand
fauteuil.
-Ce soir, il faut porter un toast à nos retrouvailles, dit-il tout en versant
du grand Marnier dans deux verres.
-À ta santé!
-À ta santé!
Ils burent très lentement, s'observant mutuellement. Il alluma la radio
pour entendre de la musique douce qui créerait une ambiance
romantique.
-Tu es devenue une très belle femme du monde, constata-t-il avec
admiration.
Il s'approcha et lui toucha légèrement les épaules. Puis, il se pencha
sur elle et l'embrassa. Sa langue chaude et audacieuse cherchait la
sienne, consentante, la faisant vibrer d'une musique intérieure douce
et possessive. Sylvie avait le vertige. Il l'entraînait dans le lit et la
touchait de ses doigts longs et habiles qui la caressaient comme elle
avait toujours rêvé de l'être. Il jouait avec ses seins fermes et
s'aventurait entre ses cuisses, lui faisant vivre toutes sortes de plaisir.
Elle s'abandonnait sans réticence, toute humide et prête à le
recevoir… Il la taquinait, attendant qu'elle le supplia presque, avant
de s'enfoncer d'une façon gourmande dans ce nid chaud qui les fit
exploser à l'unisson.
Après, heureux, trempés et en extase, ils retrouvèrent leur souffle
régulier. Il continua de couvrir son visage et son corps de baisers
tendres, pas dans l'intention d'exciter ses sens, mais de l'aimer tout
entière avec une sorte de vénération.
Elle en fut touchée. Il lui demanda de passer la nuit avec lui. Elle se
blottit tout contre lui. Il était là tout chaud pour elle. C'était bon…
Au petit matin, il la prit de nouveau avec amour.
Elle se leva avec un léger mal de tête. Les effets de l'alcool s'étaient
dissipés… À la lumière du jour, des chatouillements délicieux
l'assiégeaient encore.
Ils décidèrent de passer la journée au lit et de prendre tous leurs
repas dans la chambre d'hôtel.
Ils se firent l'amour encore et encore perdus dans leur univers plein
de rêves et de beauté, heureux d'être en amour avec tous les
sentiments merveilleux qui les assaillaient, heureux de se toucher, de
se parler, de reprendre le temps perdu.
Sylvie passa une autre nuit avec l'amour de sa vie.
Ils savaient tous les deux que leur amour était la plus belle chose du
monde, plus beau que le coucher du soleil, plus beau qu'un morceau
de musique, plus beau que la douce richesse de la soie.
Ils avaient bel et bien l'intention de tout faire pour le vivre ensemble,
unis pour la vie, cette fois-ci.
Bruno et Diane avaient divorcé depuis deux ans. Sylvie qui avait
attendu pour signer les papiers de divorce, décida qu'il était grand
temps d'y remédier et de redéfinir les droits de visite de Yan avec
Niels. Elle en parlerait avec Norman, son avocat, lundi.
Ils se laissèrent à l'aéroport de Vancouver, la tête dans les nuages,
pleins de beaux projets pour l'avenir.
Dans les semaines qui suivirent, ils restèrent en contact. Ils se
téléphonaient tous les jours, s'écrivaient et faisaient peu à peu tous
les préparatifs nécessaires.
À suivre...


La rivière Chaude ©1985,2007 Annetter Tous droits réservés
|