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ROMAN-FEUILLETON VIRTUEL

LA RIVIÈRE CHAUDE
Épisode 25
La naissance de Yan
En ce bel avant-midi de mai 1968, Sylvie venait de mettre au monde
un mignon petit garçon roux de sept livres dix onces, vingt et un
pouces de long.
À l'hôpital, Niels exultait. Il se gonflait la poitrine, fier d'être père et de
pouvoir enfin voir de ses yeux le fruit de leur amour qui, à son avis,
n'avait fait qu'épaissir temporairement la mince silhouette de sa
femme ces derniers mois. Il lui tardait de tenir dans ses bras quelque
chose de tangible. Il avait finalement serré contre son cœur ce petit
bout de chou qui l'attendrissait et lui mettait la larme à l'œil.
Il avait acheté toutes les photos que l'hôpital avait prises du nouveau-
né et les distribuait avec orgueil.
Dans son exubérance, il offrit un collier de diamants à Sylvie pour la
remercier et des orchidées qu'elle aimait tout spécialement depuis
leur voyage à Hawaii. Il continuait de la faire rire et de lui répéter que
la vie n'était qu'une comédie humaine. Il appartenait à chacun de
vivre chaque jour pleinement.
Niels avait embauché une femme d'expérience pour s'occuper de la
jeune maman et du poupon quand Sylvie revint de l'hôpital encore
affaiblie par ses couches.
Ils envoyèrent des avis de naissance à Washington, au Québec et au
Danemark. Ils reçurent des tonnes de félicitations dans le courrier. Ils
étaient de jeunes parents heureux.
Lors du baptême de leur fils Yan trois semaines plus tard, marraine
Hélène décida de prendre un vol pour Vancouver et de passer un
mois avec Sylvie. Elle la mit au courant des potins québécois. Elle lui
apprit le troisième mariage de son grand-père avec Blanche Therrien,
une veuve du village assez à l'aise, un autre choix excellent pour
Antoine qu'une lune de miel à son âge rajeunissait.
Diane venait d'avoir des jumeaux et se permettait des petites
infidélités par-ci par-là dans le dos de Bruno... Rien de sérieux…
Niels devait faire un reportage sur Copenhague à Noël. Ils allaient
visiter ses parents au Danemark et Sylvie était dans un état
d'extrême nervosité. Elle voulait faire une bonne impression sur sa
belle-famille.
Sylvie le précéda d'une semaine. Niels ne pouvait s'absenter que
quelques jours.
Ressentant les effets du décalage horaire, bébé Yan, qui avait été
sage tout le long du vol, arrachait sa mère au sommeil la nuit dans la
chambre trop froide qui leur avait été assignée par ses beaux-parents
dès leur arrivée. Sylvie aurait préféré rester à l'abri sous les grosses
couvertures chaudes plutôt que d'avoir à se lever pour lui donner un
biberon.
Durant le jour, Sylvie buvait du bon café danois pour se tenir réveillée
et empêcher ses lourdes paupières de lui fermer les yeux.
L'hospitalité danoise était sans pareille. Sa belle-mère était toute fière
de leur servir son porc frais apprêté avec la couenne croustillante, du
choucroute et des pommes de terres brunes. On arrosait ce repas
délicieux de la populaire boisson scandinave " schnaps " qui lui
brûlait tellement la bouche, le gosier et l'estomac que des larmes lui
montaient automatiquement aux yeux. Il fallait vider son verre d'un
seul trait à chaque fois qu'on portait un toast "Skâl!".
La belle-mère de Sylvie était une grosse dame grisonnante, rieuse et
bavarde comme une pie. Elle était intarissable dans un mélange de
danois et d'anglais. Son beau-père, un homme maigre et de haute
taille, ne parlait que le danois. Il lui souriant beaucoup et jouait avec
Yan. De son métier, il était marchand de crème glacée, selon lui, la
meilleure qui fut. Quant au frère aîné, Jorgen, il était en congé pour
un mois. Il s'adressait à elle dans un français impeccable, l'accent
français de France. Jorgen était un homme du monde, courtois et
distingué. Sylvie trouva que la ressemblance physique des frères
était frappante.
Quand Niels la rejoignit, ils furent les invités d'honneur du "Lord
Maire" de Copenhague. Comme tels, ils eurent le privilège de visiter
l'hôtel de ville, la brasserie Carlsberg et la ville de Copenhague avec
sa célèbre petite Sirène. Ils déjeunèrent avec monsieur le Maire et
eurent droit à toutes les cérémonies réservées aux gens importants.
Sylvie remarqua comme les rues étaient propres et comme les
Danois étaient chaleureux. Elle se régala des merveilleuses
pâtisseries danoises ainsi que des "smorrebrod" qui fondaient dans
la bouche. Les "smorrebrod" étaient des morceaux de tranches de
pain minces recouvertes d'une pyramide de petites crevettes, d'oie
fumée, de caviar, de filet de porc ou de pâté de foie, toutes plus
alléchantes les unes que les autres disposées sur un plateau comme
de vrais petits chefs-d'œuvre d'art culinaire.
Ce fut donc " Tak " (merci) et " Farvel " (au revoir) au Danemark.
Sylvie aimait voyager et découvrir chaque pays nouveau.
Elle ne regrettait pas d'avoir marié son cher Niels qui essayait de
remplir toutes les belles promesses faites sur la plage paradisiaque
d'Acapulco. Elle s'ancrait, avec plaisir, dans sa nouvelle existence
faite de mille aventures agréables.
A leur retour, à la demande de Niels et de Tante Aase qui la
trouvaient indispensable, elle retourna travailler au journal trois jours
par semaine, trois jours qu'elle avait dû négocier, car elle voulait
passer les autres à élever leur fils Yan.
Sylvie et Niels trouvaient tous les gestes de bébé Yan
extraordinaires. Ils s'extasièrent devant lui quand il perça sa première
dent, prononça son premier mot " da-da " pour daddy et fit ses
premiers pas…
Pour eux, c'était le bébé le plus fin de la terre. Des étrangers
venaient renforcer leur croyance quand ils les arrêtaient pour admirer
Yan en pousse-pousse. Avec sa petite frimousse éveillée, il leur
offrait plein de beaux sourires.
À suivre...


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