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ROMAN-FEUILLETON VIRTUEL

LA RIVIÈRE CHAUDE

Épisode 23
Le voyage au Mexique

Depuis la mort de sa mère adoptive, Sylvie ne faisait que de rares apparitions chez les Dusablon.
Elle goûtait les rares conversations avec son grand-père, mais elle ne pouvait souffrir l'antipathie de Diane à son égard.
Elle restait donc chez sa chère marraine. Bien souvent il était question entre elles de Marielle qui était toujours présente dans ses pensées.
À quelques reprises, depuis de départ de la professeure de musique, Hélène avait formulé le désir de passer quelques semaines de vacances au Mexique. Du vivant de son mari, agent de station pour les chemins de fer, elle avait visité le Canada, les États-Unis et l'Europe. Elle avait toujours senti un attrait particulier pour les pays latins. L'une de ses amies venait justement de lui vanter les charmes d'Acapulco où elle venait de séjourner deux semaines.
N'étant pas intéressée à voyager seule à son âge, elle tenta de persuader Sylvie de l'accompagner. Sylvie accepta, ayant assez d'économie pour s'offrir une vraie détente au loin.
Sylvie se retrempa dans ses leçons d'espagnol pour mieux profiter du Mexique.
Avec l'aide de leur agence de voyages, elles réussirent à obtenir leurs réservations d'avion, leurs visas d'entrée et leurs certificats de vaccination contre la petite variole. C'est à ce moment que Sylvie constata sur son certificat de naissance qu'aux yeux de la loi, elle était la fille légitime de Joseph Hercule Antoine Dusablon et de Marie Alice Émilienne Fiset. Sa mère biologique n'existait même pas. Le secret de sa naissance serait bien gardé du reste de la famille.
Ce fut par une journée de mars froide et sombre qu'elles s'envolèrent vers la riviera mexicaine.
Quand elle mit le pied sur le sol du Mexique, terre aux mille couleurs et à l'histoire fantastique, Sylvie se sentit transportée dans un univers exotique.
La chaleur était humide et les gens s'exprimaient en un espagnol rapide qu'elle essayait de comprendre.
En suivant le chasseur à travers le long couloir de leur hôtel, Sylvie et Hélène furent émerveillées de voir à leur gauche des palmiers soupirant sous la brise du soir; elles pouvaient presque les toucher de leurs doigts.
Leur chambre avait un ameublement de premier choix et était air conditionné. Derrière une porte vitrée se trouvait un balcon avec une vue splendide sur l'océan Pacifique, Sylvie s'exclama :
-C'est un endroit de rêves. Je sens que je me plairai ici.
Après un copieux souper, elles se couchèrent fatiguées, sous l'enchantement d'un monde nouveau qu'il leur tardait de découvrir. Dans les jours qui suivirent, elles firent la connaissance d'Aase Kristensen, une belle dame danoise de cinquante-cinq ans plutôt hautaine, veuve et naturalisée Canadienne. Elle demeurait à Vancouver, Colombie Britannique. Ses airs mondains et un peu pincés ne dérangeaient guère Hélène qui en avait vu bien d'autres. Elle était accompagnée de son neveu, un charmant rouquin de vingt- sept ans qui s'éprit aussitôt de Sylvie. Il lui fit une cour assidue et lui proposa le mariage avec le plus grand sérieux du monde. Il faisait miroiter devant elle de beaux voyages futurs et de belles promesses d'amour auxquels elle ne resta pas complètement indifférente.
Son magnétisme la gagnait. Elle aimait bien cet homme grand et cultivé qui était polyglotte. Il était actionnaire dans le journal de sa tante et y travaillait. Il était journaliste en charge du " cahier tourisme ". Il voyageait beaucoup afin de publier de merveilleux articles sur toutes les destinations populaires ou nouvelles. Le domaine du tourisme progressait à vue d'œil. Il avait un frère, Jorgen, qui était maître d'hôtel à Paris, France et un autre, Kaj, qui travaillait à l'ambassade danoise de Washington, D.C.
Il s'appelait Niels Kristensen. Il adorait Sylvie pour des centaines de raisons, mais surtout pour sa pureté et son naturel. Elle le subjuguait totalement… Comme il trouvait que son sérieux lui donnait injustement un air sévère, il lui apprit en quelques jours à rire d'elle- même et à voir le côté humoristique.
En sa compagnie, elle se déridait... Elle se détendait… Elle se sentait merveilleusement jeune et gaie… Elle était confortable… Elle avait réussi à lui dire sans effort qu'elle était une fille adoptée et ça ne le dérangeait pas le moindrement. Il la prenait telle quelle… Comme c'était simple de l'aimer!
Sylvie lui promit de réfléchir à sa proposition.
Les coups de téléphone, les lettres et les télégrammes affluèrent et Sylvie se jugea prête d'abord pour leurs fiançailles à Pâques, et ensuite mûre pour leur mariage à l'automne. Elle n'était pas en amour avec Niels. Il le savait. Son cœur appartiendrait toujours à Bruno. Mais elle avait une grande estime pour lui… Elle était sûre que le fait d'être bons amis assurerait le succès de leur mariage. Il ne lui coûtait pas de s'exiler du côté de l'océan Pacifique; au contraire, elle éprouvait même un certain soulagement à mettre autant de distance possible, entre elle, Bruno et Diane. Sa présence ne faisait que créer panique et confusion…
Antoine ne demandait qu'à vieillir en paix avec des enfants et des petits-enfants heureux autour de lui, observant les commandements de Dieu et de l'Église.
Diane avait définitivement brisé l'amitié fragile qui les liait depuis leur tendre enfance. Elle avait peur de l'emprise de Sylvie sur Bruno. Sylvie était devenue "l'ennemie" sans le chercher.
Bruno savait qu'il était en amour avec Sylvie et le serait toujours. Mais elle s'exilait avec ce scandinave qu'il enviait… Il était un homme d'honneur, il avait échangé des vœux avec Diane au pied de l'autel et il s'attendait de les respecter coûte que coûte. Il ferait tout en son possible pour fonder avec Diane un foyer bourdonnant d'enfants. Ce serait d'autant plus facile que, pour la " sexy " Diane l'action de procréer était un jeu, une série d'émotions vives destinées à aiguiser son désir à lui d'exploser en elle… Après tous ces mois d'abstinence, elle devenait plus belle et plus aguichante que jamais à chacune de ses visites. Elle semblait plus mature depuis la naissance de Jérémie. Qui sait?…
Niels vint rendre visite à Sylvie à Québec. Ils se perdaient tous les deux dans de longues marches qui les conduisaient sur la promenade longeant le majestueux fleuve Saint-Laurent du Château Frontenac à la Citadelle. Ils surveillaient le vol intrépide des goélands, le brouhaha du port avec les vaisseaux transocéaniques qui les invitaient vers leurs contrées lointaines et le traversier qui faisait régulièrement la navette Québec-Lévis. Ils respiraient à pleins poumons les multiples senteurs d'eau saline que le vent leur apportait. Ils jouaient même aux touristes et découvraient l'impressionnant changement de la garde et la visite complète de la citadelle avec un guide. Ils collaient leurs nez aux vitrines des magasins sur la rue Saint-Jean. Ils risquaient ensemble une balade sentimentale d'une heure en calèche pour admirer cette ville au cachet colonial qui les enchantait avec ses rues étroites et en briques. Ils aimaient bien causer aussi avec les artistes qui étalaient leurs peintures et les vendaient aux passants sur la rue du Trésor. Ils avaient beaucoup d'affinités et il leur suffisait d'être ensemble pour sentir un doux bien-être les envahir.
Sylvie l'amena à la ferme et le présenta aux siens. Elle lui montra la rivière Chaude rebondissante de souvenirs pour elle. Là où, d'après son grand-père, sa défunte mère l'avait remise entre ses mains en cette fameuse nuit de Noël. Là où, elle se promenait en radeau avec Luc, deux enfants inséparables grandissant ensemble et s'imaginant voyager à travers une jungle infestée de crocodiles et de bêtes sauvages. La rivière Chaude témoin de son premier baiser avec Bruno.
Sylvie ne retourna pas au travail. Elle donna sa démission. Niels et Sylvie se marièrent en septembre dans la petite église du village dans une très courte cérémonie intime, sans messe. Antoine n'en revenait pas encore que l'archevêché ait pu refuser d'accorder la permission de célébrer une messe parce que Niels était protestant. Il souhaitait qu'aucun des invités ou des paroissiens n'en soient scandalisés comme il l'avait été lui-même lors de la nouvelle.
Diane se réjouissait du mariage de Sylvie; elle voyait enfin le champ libre devant elle pour essayer d'inspirer de l'amour à son mari qu'elle aimait toujours à sa façon. Elle s'attendait de reprendre bientôt la vie commune avec lui et de lui donner d'autres enfants à aimer. Elle savait qu'en esprit son mari convoitait Sylvie tout comme elle savait que couché à ses côtés, nu sous sa main, il était à sa merci. Elle pouvait extraire mille jouissances profondes de son corps harmonieux et le soumettre à ses caprices sensuels. Elle voulait s'inscrire en lui pour la vie et le rendre esclave de sa chair. C'était son seul atout et elle s'en servirait pour lui faire oublier Sylvie à qui elle n'avait jamais voulu de mal intentionnellement.
Quant à Annie, elle était entrée en août comme postulante chez les bonnes Sœurs dans l'intention de se faire religieuse enseignante. Elle aspirait devenir l'épouse du Christ.
À suivre...




La rivière Chaude
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