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ROMAN-FEUILLETON VIRTUEL

LA RIVIÈRE CHAUDE

Épisode 22
Tendresse maternelle

Cette année-là la période des fêtes fut des plus mornes. Chacun s'évitait de peur de s'accuser ou d'accuser l'autre.
Le fermier essayait de pardonner à Diane tout le mal qu'elle avait causé inconsciemment. Il finit par s'incliner devant l'irrémédiable et même par exprimer le désir de connaître son petit-fils, ce qui contraignit Diane à demander cette faveur à son mari.
Celui-ci répondit qu'il avait demandé un transfert à Québec et serait parmi eux dès le début de février ce qui fit beaucoup plaisir à monsieur Dusablon qui souhaitait secrètement que le jeune ménage se réconcilie.
Quand il revit son gendre, Antoine échangea avec lui une chaude poignée de main dans laquelle il mit tout son cœur pour lui montrer combien il était le bienvenu.
Quant à Diane, elle fut distante et polie avec son mari quoique très impatiente de tenir Jérémie dans ses bras.
C'est à un grand-père ravi que Bruno présenta un superbe bébé de dix mois, tout souriant.
Devant la joie de son père, Diane pria Bruno de lui laisser leur fils pour quelque temps, promettant de respecter ses droits de visite.
Cet arrangement fut des plus heureux. Antoine Dusablon retrouva peu à peu sa bonne humeur et le goût de son métier. Parfois un pli de tristesse apparaissait au coin de ses lèvres. À ces moments- là, il songeait à sa douce Émilienne. Mais il se reprenait aussitôt sachant qu'elle n'admettrait pas de le voir taciturne et grincheux. Il désirait avant tout montrer à son petit-fils le visage d'un grand-père affectueux.
Diane trouva un dérivatif à ses remords en donnant enfin le meilleur d'elle-même à ce petit être qu'elle chérissait plus que tout au monde. C'est sans protester qu'elle se levait la nuit quand Jérémie réclamait ses soins et c'est avec une patience d'ange qu'elle s'occupait de lui, le cœur débordant de tendresse maternelle.
À chacune des visites de Bruno, elle s'arrangeait pour être absente. Toutefois, un certain dimanche après-midi, elle ne put l'éviter.
-Ton père ne cesse de me faire des louanges sur toi, déclara-t-il avec l'accent d'une chaude émotion, il ne peut cacher sa surprise et son admiration devant ton dévouement inlassable vis-à-vis de notre enfant. C'est ce qui m'a décidé de te le laisser aussi longtemps.
-Tu serais assez bon et compréhensif pour me permettre d'élever Jérémie, fit-elle le visage animé de joie. Oh! Je t'en remercie infiniment, Bruno.
-Bien sûr, j'aimerais continuer mes visites si tu es toujours d'accord.
-Je ne te priverai pas de la joie d'être avec ton fils, Bruno, pas après en avoir connu moi-même le goût amer.
Il lui sut gré d'être aussi raisonnable.
Elle dut admettre qu'elle l'aimait toujours, ce mari trop séduisant et indépendant. Ce n'est qu'en maintenant une froide distance qu'elle se sentait capable de dissimuler la douleur cuisante qui s'éveillait en elle en sa présence.
Ils se séparèrent courtoisement, un sourire timide aux lèvres.
Diane se fit aimable et brève à chaque fois que Bruno se présenta à la ferme.
Elle s'obstinait et Antoine se résigna à laisser les événements suivre leurs cours, sachant qu'éventuellement elle plierait et irait vivre avec son mari qu'elle aimait.

À suivre...




La rivière Chaude
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