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ROMAN-FEUILLETON VIRTUEL

LA RIVIÈRE CHAUDE

Épisode 20
Soupçons

Dans l'intervalle, croyant ingrat de priver une mère de son enfant plus longtemps, Bruno écrivit une courte lettre à son épouse qu'il glissa dans une enveloppe. Afin de lui donner un caractère impersonnel, il l'adressa à la machine à écrire.
Une fois décachetée, Diane reconnut l'écriture de son mari et lut avec fébrilité :
" Bonjour ma chère Diane! Notre fils Jérémie est de plus en plus beau et rayonnant de santé. J'ai pensé que tu aimerais le voir. Nous serons chez Sarah à Sainte-Foy pour une semaine. Tu pourras te joindre à nous dès lundi prochain. Nous t'attendons. Porte-toi bien! Bruno "
Une grande joie l'envahit à la pensée de revoir son fils que son être entier n'avait cessé de réclamer. C'est avec impatience qu'elle attendit ce lundi, interrompant momentanément ses rapports amoureux avec Mario.
Elle eut cependant un petit pincement au cœur quand elle s'aperçut qu'elle n'était qu'une étrangère aux yeux de ce superbe bébé de six mois qui lui préférait visiblement son père.
Bruno se montra tellement discret qu'elle le vit à peine. Son amour maternel était si grand qu'elle sut gagner son fils à elle et lui accorder tout son temps avec une patience d'ange qui émut Sarah.
-Tu devrais retourner à Windsor, Diane. Bruno et Jérémie ont besoin de toi.
-Ils se débrouillent très bien sans moi.
-Ce n'est pas ce qu'en pense mon frère.
-Tu te leurres, Sarah. Tu sais que le petit va me manquer énormément. Ce sera pire maintenant.
Elle soupçonna Bruno d'y avoir pensé aussi.
Trop orgueilleuse pour lui demander cette faveur, elle ne s'objecta pas à leur départ bien que son cœur et ses entrailles criaient : " De grâce, laisse-le-moi! "
Et, c'est en Mario qu'elle essaya d'oublier son tourment en l'aimant avec l'ardeur du désespoir.
Le jeune Julien ne cessait d'insister pour que Diane et lui régularisent leur situation qui lui devenait presque intenable. Il se sentait pris entre son désir de respecter les conventions sociales et son engouement pour cette femme séduisante qui avait l'heur de lui faire perdre la tête.
Dans sa crainte d'éveiller ses soupçons, Diane accepta finalement d'annoncer leurs fiançailles aux intimes seulement.
Voyant que madame veuve Godin se faisait fi à ce point de ses avertissements, c'est vers son grand-père que Sylvie décida de se tourner, jugeant que son silence contribuait à aggraver les choses, jugeant aussi qu'il n'était pas de son ressort de réprimander sa sœur outre mesure.
C'est cependant avec ménagement qu'elle divulgua la triste vérité à Antoine qui ne put réprimer sa colère.
Sylvie ne manqua pas de lui rappeler doucement qu'il ne leur appartenait pas de juger Diane qui devait être bien malheureuse et tourmentée pour en être là.
En songeant à ses propres fautes, Antoine se fit moins sévère et impitoyable. Il essaya de s'expliquer les agissements désordonnés de sa fille et il ne put s'empêcher de la plaindre grandement.
Toutefois, l'œil exercé d'Émilienne ne fut pas sans remarquer l'état quelque peu agité de son mari dont elle essaya de forcer les confidences. Il la rassura tendrement, désireux de lui éviter tout choc qui pourrait lui être fatal.
Insatisfaite, elle se promit d'avoir l'oreille aux aguets.

À suivre...




La rivière Chaude
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