|
ROMAN-FEUILLETON VIRTUEL

LA RIVIÈRE CHAUDE
Dans l'intervalle, croyant ingrat de priver une
mère de son enfant plus longtemps, Bruno
écrivit une courte lettre à son épouse qu'il
glissa dans une enveloppe. Afin de lui donner un
caractère impersonnel, il l'adressa à la
machine à écrire.
Une fois décachetée, Diane reconnut
l'écriture de son mari et lut avec fébrilité :
" Bonjour ma chère Diane! Notre fils
Jérémie est de plus en plus beau et rayonnant
de santé. J'ai pensé que tu aimerais le voir.
Nous serons chez Sarah à Sainte-Foy
pour une semaine. Tu pourras te joindre à
nous dès lundi prochain. Nous t'attendons.
Porte-toi bien!
Bruno "
Une grande joie l'envahit à la pensée de
revoir son fils que son être entier n'avait
cessé de réclamer. C'est avec impatience
qu'elle attendit ce lundi, interrompant
momentanément ses rapports amoureux
avec Mario.
Elle eut cependant un petit pincement au cœur
quand elle s'aperçut qu'elle n'était qu'une
étrangère aux yeux de ce superbe bébé de
six mois qui lui préférait visiblement son père.
Bruno se montra tellement discret qu'elle le
vit à peine. Son amour maternel était si grand
qu'elle sut gagner son fils à elle et lui accorder
tout son temps avec une patience d'ange
qui émut Sarah.
-Tu devrais retourner à Windsor, Diane.
Bruno et Jérémie ont besoin de toi.
-Ils se débrouillent très bien sans moi.
-Ce n'est pas ce qu'en pense mon frère.
-Tu te leurres, Sarah. Tu sais que le
petit va me manquer énormément.
Ce sera pire maintenant.
Elle soupçonna Bruno d'y avoir pensé aussi.
Trop orgueilleuse pour lui demander cette
faveur, elle ne s'objecta pas à leur départ
bien que son cœur et ses entrailles
criaient : " De grâce, laisse-le-moi! "
Et, c'est en Mario qu'elle essaya d'oublier
son tourment en l'aimant avec l'ardeur
du désespoir.
Le jeune Julien ne cessait d'insister pour
que Diane et lui régularisent leur situation
qui lui devenait presque intenable. Il se sentait
pris entre son désir de respecter les conventions
sociales et son engouement pour cette
femme séduisante qui avait l'heur de lui
faire perdre la tête.
Dans sa crainte d'éveiller ses soupçons,
Diane accepta finalement d'annoncer leurs
fiançailles aux intimes seulement.
Voyant que madame veuve Godin se faisait
fi à ce point de ses avertissements, c'est vers
son grand-père que Sylvie décida de se tourner,
jugeant que son silence contribuait à aggraver
les choses, jugeant aussi qu'il n'était pas de
son ressort de réprimander sa sœur outre mesure.
C'est cependant avec ménagement qu'elle
divulgua la triste vérité à Antoine qui ne put
réprimer sa colère.
Sylvie ne manqua pas de lui rappeler
doucement qu'il ne leur appartenait pas
de juger Diane qui devait être bien malheureuse
et tourmentée pour en être là.
En songeant à ses propres fautes, Antoine se
fit moins sévère et impitoyable. Il essaya de
s'expliquer les agissements désordonnés de
sa fille et il ne put s'empêcher de la plaindre grandement.
Toutefois, l'œil exercé d'Émilienne
ne fut pas sans remarquer l'état quelque
peu agité de son mari dont elle essaya
de forcer les confidences. Il la rassura
tendrement, désireux de lui éviter tout
choc qui pourrait lui être fatal.
Insatisfaite, elle se promit d'avoir l'oreille
aux aguets.
À suivre...


La rivière Chaude ©1985,2007 Annetter Tous droits réservés
|