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ROMAN-FEUILLETON VIRTUEL

LA RIVIÈRE CHAUDE

Épisode 18
Complices involontaires

C'est donc anxieuse et avec un certain embarras que Sylvie fut introduite auprès du jeune ménage.
Bruno remarqua tout de suite combien elle était mince, plus dégagée et encore plus merveilleusement féminine.
Il eut vite fait de détailler les cernes sous les yeux et il demeura un instant en contemplation devant elle pour qui son cœur n'avait cessé de battre.
L'air embaumé des parterres entrait dans le salon à pleines fenêtres avec les rayons d'un soleil superbe.
-Comment va le nouveau-né, Diane? s'informa Sylvie cherchant à voiler son émotion.
-Sarah est à lui donner son bain en ce moment.
La conversation porta sur l'adorable enfant et sur sa fin de semaine passée à la campagne.
-Papa n'a jamais été aussi bien portant. Quant à maman, elle devient de plus en plus frêle. Il serait à souhaiter que quelqu'un soit auprès d'elle constamment.
-La santé de votre mère me place justement devant une situation très délicate, Sylvie. Toi, que Diane a mis au courant de tout, crois-tu sincèrement que mes révélations pourraient aggraver son état?
-Je crois franchement qu'il serait sage de lui éviter toute émotion, Bruno. C'est la raison qui m'a incitée à me taire.
-Nous allons donc devoir nous faire les complices involontaires de ma charmante épouse qui a si bien pris ses précautions, railla-t-il. Je repartirai pour Windsor dès que j'obtiendrai une place dans l'avion.
Sylvie jugea à propos de prendre congé le plus tôt possible et leur souhaita bonne chance.
Sur le seuil de la porte, Bruno retint sa fine main un long moment et la pressa amoureusement entre ses doigts.
Elle rougit vivement et se sauva, se sentant vaguement coupable.
Ce geste n'avait pas échappé à Diane qui redressa la tête fièrement et jeta narquoise :
-Vous vous mourrez toujours d'amour l'un pour l'autre à ce que je vois… Et je souhaite que vous en creviez!
Bruno ne releva pas ces paroles. Il ne fit qu'annoncer sèchement :
-Je t'invite à plier bagage et à retourner chez tes parents ces jours-ci.
-Pourquoi? questionna-t-elle angoissée.
-J'ai l'intention d'amener notre enfant à Windsor avec moi.
Diane se sentit défaillir :
-Tu ne seras pas odieux à ce point…
-Après tous les mensonges que tu nous as servis, ne crois pas t'en tirer indemne. Je veux que tu prennes le temps de réfléchir et de tirer une leçon.
-Je dirai à tous que tu me l'as volé.
-À ton aise, ma chère!
Un rire court et nerveux jaillit de la poitrine de la jeune femme qui se mit à pleurer de rage impuissante. Elle essaya de l'amadouer; elle menaça; elle le supplia à genoux; il resta inflexible.
Elle comprit qu'il triomphait à son tour, qu'elle n'y pourrait rien à moins de confesser ses mensonges.
Vaincue et trop lasse pour résister davantage, Diane retourna chez les Dusablon.
Elle dormait mal la nuit… Les scènes avec Bruno la hantaient. Elle avait peur. Elle ne trouvait plus le repos. Elle pleurait silencieusement. Le médecin de famille lui recommanda le repos le plus complet.
Peu à peu, Diane revint à la santé; de fraîches couleurs apparurent.
Les Dusablon lui apportèrent cette affection bienfaisante qui mit un baume sur son âme qui était comme un jardin que la tempête avait ravagé…

À suivre...




La rivière Chaude
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