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ROMAN-FEUILLETON VIRTUEL

LA RIVIÈRE CHAUDE
Épisode 17
Tissu de mensonges
Ce soir-là monsieur et madame Bruno Godin dînèrent en tête-à-tête.
L'émotion fardait légèrement les joues de Diane qui était belle et
désirable avec son air à la fois grave et dolent.
Il la complimenta sur sa bonne mine et elle l'en remercia poliment. Il
lui donna également des nouvelles de leurs connaissances à
Windsor et l'atmosphère sembla se détendre.
Une fois au salon, il revint à la charge :
-Nous sommes les parents d'un adorable enfant et il est de notre
devoir de lui assurer un toit. Il nous faut admettre que notre vie
commune a été plutôt orageuse à venir jusqu'ici. Cependant si nous
oublions nos griefs et tendons nos efforts vers le même but, nous
arriverons à créer un nid confortable pour nous trois, Diane.
-Je n'aurais pas demandé mieux, Bruno. En me laissant partir, tu as
coupé le dernier lien qui me retenait. Cette lutte que j'ai soutenue
chaque jour m'a épuisée et je n'ai plus qu'une envie : oublier et
retrouver enfin un peu de sérénité et de paix.
-Comment le pourras-tu si tu n'hésites pas à sacrifier le bonheur de
notre enfant?
-Je ne suis pas en mesure d'essayer de me réadapter à notre vie de
ménage, Bruno. Je sais qu'il ne serait pas sain pour notre fils de
grandir dans une atmosphère tendue. Je t'en supplie, essaie de
comprendre!
-Je ne me résignerai jamais à être séparé de notre enfant.
-Si tu tiens à ce point à le voir, je ne m'y opposerai pas, Bruno.
-Avec la distance qui m'en éloigne, mes visites seront tellement
espacées que je serai presque un inconnu pour lui.
-Je n'y peux rien. Tu as toi-même choisi de rejoindre ta famille en
Ontario.
-Cependant, je peux revenir à Québec et c'est ce que je m'attends de
faire pour me rapprocher de notre fils. Tu refuses de reprendre la vie
commune avec moi, c'est ton droit; tu ne pourras rien contre mon
amour de père.
Elle avait tressailli.
-Ton retour à Québec serait une très grave erreur, émit-elle très
blême. Il serait d'autant plus lourd de conséquences que mes parents
et mes amis te croient mort.
Elle suivit sur son visage incrédule l'effet de ses paroles.
-Ai-je bien entendu? interrogea-t-il consterné.
D'une voix tremblante, elle le mit au courant du tissu de mensonges
qu'elle avait inventés pour le rayer à jamais de sa vie.
Devant tant d'habileté, il resta d'abord muet de stupeur, puis le
visage contracté par la colère, il se mit à la secouer violemment :
-Tu n'es qu'une petite garce dont je me charge de dévoiler le jeu sur-
le-champ. Même tes parents te renieront quand ils apprendront à
quel point tu peux être perverse. Tu n'as vraiment rien d'autre dans la
cervelle que de tricher sur tout…
Il la repoussa sur le fauteuil où elle s'affaissa en sanglots :
-Pourquoi es-tu revenu me tourmenter? J'étais entourée d'affection
par les miens. C'est ce qu'il me fallait pour que j'oublie enfin combien
tu m'as humiliée et blessée au cours de ces quatre années. Crois-tu
que j'allais leur avouer ma défaite? Ce sont des gens simples qui
croient en la sainteté du mariage. En étant veuve, je leur inspire le
respect et ils peuvent marcher la tête haute devant leurs voisins et
leurs amis.
-Tu es inconsciente, ma pauvre Diane. Comment penses-tu pouvoir
leur dissimuler la vérité indéfiniment?
-C'est de temps que j'ai besoin. Comme je te suis indifférente, je ne
crois pas que tu en aurais fait bien du cas. Évidemment, j'avais
compté sans la naissance de notre fils.
-Heureux événement qui nous permet de te mieux connaître.
-J'ai été stupide d'oser espérer te gagner à moi un jour, gémit-elle.
Dire que tu étais même prêt à essayer d'en ramasser les miettes
pour assurer à notre fils un foyer où il se sentirait à l'aise et en
sécurité. Espoir insensé.
Elle fit une pause avant de poursuivre.
-Conduis-moi vers les miens, Bruno! Essaie de me ravir à jamais leur
affection chérie! Et si ma mère dont le cœur est malade ne peut en
supporter le choc, prends sur toi la responsabilité de sa mort.
Bruno se souvint alors combien sa belle-mère était affligée du cœur
et ceci le fit réfléchir. Il quitta la pièce non sans jeter un regard outré
sur cette femme qu'il plaignait de tout cœur.
Effrayée par les conséquences de ses actes, la jeune madame Godin
tenta de rejoindre Sylvie au bureau. Elle avait recours à elle pour lui
aider à apaiser la colère de son mari et l'empêcher de tout dévoiler
aux siens.
Se voyant dans l'impossibilité de s'y soustraire, Sylvie promit de
passer les voir le lendemain après-midi.
À suivre...


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