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ROMAN-FEUILLETON VIRTUEL

LA RIVIÈRE CHAUDE
Épisode 16
Le fils de Diane
Sylvie coupa court à son week-end à la ferme et retourna chez sa
chère marraine. La présence de Diane l'irritait trop chez les
Dusablon.
Ainsi le printemps naquit, sentant bon les premiers muguets et les
premiers lilas; apportant son ciel tout bleu auréolé de nuages blancs;
apportant les hirondelles aux doux murmures. La joie était partout dans l'air.
Diane, sentant qu'il lui serait impossible de dissimuler plus longtemps
aux siens son ventre gonflé, prétexta d'autres formalités à régler à
Windsor pour expliquer son départ. Elle avait téléphoné à la sœur de
Bruno qui demeurait à Sainte-Foy et lui avait demandé asile pour
quelques semaines, le temps d'accoucher.
Sarah, qui s'entendait bien avec Diane, fut tout heureuse de la
recevoir chez elle. Elle se montra donc prévenante et pleine de mille
petites attentions pour la future maman.
Et, par un matin d'avril chaud et ensoleillé, madame Bruno Godin
donna naissance à l'hôpital, à un beau gros bébé en parfaite santé.
-Tu as un fils superbe, Diane, s'exclama Sarah toute fière.
-Tu crois! questionna-t-elle encore sous l'effet de l'anesthésie.
-Vois toi-même, dit-elle en lui présentant l'enfant.
Diane prit le bébé dans ses bras. Devant ce petit être fragile et
innocent, un grand amour maternel s'éveilla. Elle l'embrassa tout
doucement et le colla tout contre son cœur. Ce tableau était vraiment
touchant et Sarah eut un sourire heureux.
Le bébé resta quelques jours à la pouponnière. Diane reprit ses
forces. Il n'y avait plus aucun doute, elle avait bel et bien l'intention de garder son fils. Elle retourna à la résidence de Sarah qui se chargea de traiter aux petits soins la mère et l'enfant.
Sarah pensa qu'il était maintenant grand temps pour Bruno de savoir
qu'il avait un fils.
En attendant la bonne nouvelle, Bruno s'empressa de faire ses
réservations d'avion et vola vers Québec afin de tirer la situation au
clair.
Sarah le reçut à bras ouverts, toute contente de partager avec lui cet
heureux événement. Elle lui indiqua la chambre de Diane et espéra
que tout irait pour le mieux.
Bruno vit sa femme assise devant une coiffeuse. Elle était éclatante,
presque irréelle dans la perfection de sa beauté de blonde aux yeux
sombres. Souriant à sa resplendissante image, elle se retourna et
aperçut son mari. Son sourire s'effaça, son front s'assombrit.
-Toi ici? fit-elle mécontente.
-Tu ne t'attendais tout de même pas à ce que je reste bien sagement
à Windsor alors que notre enfant vient de naître? Je suis content que
quelqu'un de fiable comme Sarah veille sur toi et notre enfant.
-Toujours cet air protecteur que je méprise. Quand donc daigneras-tu
me traiter comme une adulte? se révolta-t-elle.
-À quoi bon revenir sur ce sujet? Nous ne nous faisons que du mal. Je
suis venu voir notre enfant, Diane.
-Et si je refusais de te le montrer, Bruno, fit-elle redevenue
étrangement posée.
-Je t'en prie! supplia-t-il, nous avons peut-être une chance de tout
recommencer à neuf.
-Tu t'illusionnes, mon pauvre ami. J'ai dressé une barrière
infranchissable entre nous.
-Sois raisonnable, implora-t-il. Je te demande de me revenir avec le
bébé. Je promets d'être plus compréhensif et d'essayer de vous
rendre heureux.
C'est sur le même ton pondéré qu'elle répondit :
-Il est trop tard, Bruno. Tu as brisé en moi ce bel amour qui m'avait
fait quitter ma famille, mes amis, pour m'adapter à l'existence de
Windsor, à l'anglais, à une vie à deux que j'avais rêvée sereine et
tendre. La mort de notre premier enfant a détruit nos folles
espérances. Je t'ai follement aimé, Bruno. Je t'ai peut-être mal aimé,
mais tu ne m'as jamais payé de retour et pour que l'orgueilleuse
Diane batte en retraite, il fallait qu'elle soit à bout de force.
-Il te fallait être patiente; je n'avais rien d'autre à t'offrir qu'un cœur
déjà pris. N'ai-je pas essayé d'être indulgent avec toi?
-Tu ne m'as jamais pardonné de t'avoir enlevé à Sylvie et tant que
son ombre demeurera, entre nous, il n'y aura pas de bonheur
possible. N'insiste pas, Bruno!
Bruno était surpris du ton calme avec lequel elle s'adressait à lui. Il ne
lui avait jamais connu cette maîtrise de soi.
-Soit!... Mais tu ne peux me priver de la seule joie qui me reste, notre
enfant, mon fils.
-Il appartient à moi seule, Bruno, fit-elle possessive.
Il s'avança vers le berceau où Diane l'avait devancé et l'obligea à
céder. L'enfant se mit à pleurer.
-Tu fais même peur à ton fils.
Elle prit l'enfant dans ses bras et le serra tout contre elle en le
berçant tout doucement.
-Reviens à Windsor, hasarda-t-il encore, remué après cette scène
touchante, peut-être réussirons-nous à mener une vie agréable.
Il s'approcha d'elle et leurs visages se touchèrent presque :
-Comme notre fils est beau, Diane!
-Je l'adore, déclara-t-elle, la voix chargée d'une infinie tendresse.
Et, levant sur son mari ses yeux voilés de larmes :
-Oh! Bruno si nous pouvions tout effacer.
Puis, honteuse de cette faiblesse, elle ajouta vivement :
-Laisse-moi! Je me sens un peu fiévreuse.
Il accéda à son désir, se promettant bien d'essayer de la raisonner et
de faire l'impossible pour se réconcilier.
À suivre...


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